René Naba, directeur éditorial du site madaniya.info, décrypte pour RT France les messages qu’a généré le voyage de Bachar el-Assad à Moscou le 20 octobre 2015.
Le déplacement surprise de Bachar el-Assad à Moscou, trois semaines après le début de l'opération militaire russe en Syrie, apparaît comme un message à triple détente à l'intention de l'opinion internationale.
Premier niveau
Que le président syrien, jusque-là rivé voire confiné à son quartier général depuis le début du «printemps arabe» il y a cinq ans, puisse s'absenter de son pays et confier le gouvernail à autrui, tend à accréditer l'idée que l'homme est en confiance et que ses arrières assurés. Suffisamment en confiance en tout cas pour ne pas craindre une mauvaise surprise pendant son absence... comme un coup d'état, une pratique si fréquente en Afrique.
Damas, longtemps encerclée par les djihadistes doublement encadrés par les Jordaniens et les Israéliens, a brisé l'étau qui l'enserrait en donnant la possibilité au chef de l'Etat syrien de s’envoler vers d'autres cieux
Deuxième niveau
Que le président syrien puisse emprunter la voie des airs tend à signifier que l'espace aérien syrien, jusque-là encombré par les raids de l'OTAN contre les djihadistes et les raids israéliens contre les soutiens du régime de Damas, est désormais sécurisé. En clair, que Damas, longtemps encerclée par les djihadistes doublement encadrés par les Jordaniens et les Israéliens, a brisé l'étau qui l'enserrait en donnant la possibilité au chef de l'Etat syrien de s’envoler vers d'autres cieux, sans trop craindre pour sa capitale.
En l'absence de toute indication sur le mode de transport emprunté par Bachar el-Assad pour sa première rencontre avec Vladimir Poutine depuis le déclenchement du printemps arabe, en fait depuis près de dix ans (2006), il n'est pas interdit de penser que le président syrien a pu voyager soit à bord d'un appareil russe, soit à bord d'un appareil syrien sous très forte escorte russe.
#Syrie: les missiles russes depuis la Caspienne vont révolutionner les stratégies de l’OTAN https://t.co/fN7BkcvJw1pic.twitter.com/0y6YgMtpIB
— RT France (@RTenfrancais) 21 Octobre 2015
Troisième niveau
Le sommet Poutine-Assad intervient alors que John Kerry, secrétaire d'Etat américain, s'apprête à réunir à Vienne, la semaine prochaine, ses alliés régionaux (Arabie saoudite, Turquie, Jordanie, Qatar) pour définir une nouvelle ligne d'action face aux bouleversements stratégiques intervenus sur le champ de bataille syrien depuis la mise sur la défensive des groupements djihadistes du fait des raids incessants de l'aviation russe.
Ce faisant, Vladimir Poutine a voulu signifier que la Russie ne se préoccupait pas exclusivement du théâtre militaire mais aussi, au plan diplomatique, de la sortie de crise, qui déstabilise grandement le Moyen Orient et fait planer le risque d'une déstabilisation de la rive septentrionale de la Méditerranée.
La difficulté réside dans la détermination de la durée transitoire au terme de laquelle le président Bachar el-Assad pourrait envisager de quitter le pouvoir. Six mois, comme le souhaite la Turquie ? Ou six ans comme le stipule la Constitution s'agissant de la durée du mandat présidentiel.
Moscou a multiplié dernièrement ses contacts, tant avec l'opposition offshore syrienne, qu'avec l'opposition démocratique sans attache étatique, fondée au Caire en juin 2015.
Moscou et Damas excluent toute révision de la Constitution en préalable à un accord négocié entre les divers protagonistes.
En revanche, l'idée de préserver les structures étatiques du régime syrien – pour éviter l'erreur de l'éradication à l'irakienne –, de même que l'idée d'un gouvernement d'Union nationale transitoire font leur chemin.
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Toute la difficulté réside dans la détermination de la durée transitoire au terme de laquelle le président Bachar el-Assad pourrait envisager de quitter le pouvoir.
Six mois, comme le souhaite la Turquie ? Ou six ans comme le stipule la Constitution s'agissant de la durée du mandat présidentiel.
Quoi qu'il en soit, Bachar el-Assad à Moscou ce 20 octobre 2015 apporte la démonstration que la Russie est de nouveau, de plain-pied, un acteur majeur de l'équation du Moyen Orient et que le président syrien, dont le régime devait s’effondrer tous les quinze jours selon les «oracles atlantistes», reste aussi un interlocuteur incontournable pour parvenir à un règlement politique du conflit syrien.
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