«Rearm Europe»… vers sa chute ? 

«Rearm Europe»… vers sa chute ? 
«Rearm Europe»… vers sa chute ? (image d'illustration générée par l'intelligence artificielle)
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Les annonces européennes de plans de milliards d’euros sous prétexte de défense se multiplient alors que tout est fait pour effrayer les citoyens avec la «menace russe». Vous avez du mal à vous y retrouver dans toutes leurs annonces ? C’est normal, eux aussi… parce que ces plans servent un peu à tout et n’importe quoi, analyse Alexandre Regnaud.

Faisons d’abord un point sur ce qui a été annoncé. Le plan «Rearm Europe» est destiné à dépenser quelques 800 milliards d’euros d’ici 2029. Il n’est pas financé. Il s’agit d’une incitation pour les États à créer encore davantage de dette en les autorisant à ne pas l’inclure dans leurs calculs de respect des règles d’endettement européennes. 

Il s’accompagne d’un plan «Sécurité et action pour l'Europe» (SAFE) de 150 milliards d'euros, cette fois-ci directement financé par l’UE, mais toujours sous forme de prêt, donc de dette, pour des achats militaires dès à présent. 

Pour justifier ces hérésies comptables et politiques, a été publié le 19 mars le «Livre blanc sur la défense européenne» : «Readiness 2030», qui fantasme une menace russe «fondamentale» pour flécher les dépenses des plans susmentionnés dans les directions et les domaines voulus par les technocrates européens. 

La première utilité de ces plans est donc de permettre aux bureaucrates non élus de Bruxelles de mettre enfin la main sur la politique de Défense, pourtant un élément régalien fondamental, et ainsi de faire un pas essentiel vers leur vieux rêve de fédéralisation et de disparition des États-Nations. 

Leur deuxième utilité est de servir de support à une propagande et à des magouilles internes aux États. 

Ainsi, la grand-mère qui, selon le quotidien Nice-Matin, pensait que «Vladimir [Poutine] nous attaquait» (sic) pendant un tremblement de terre à Nice, aura-t-elle moins de temps pour penser à l’augmentation de sa prochaine facture d’énergie ou à la énième fusillade sur fond de trafic de drogue dans la ville. 

En Allemagne, la constitution, qui prévoyait un «frein à la dette», vient d’être assouplie par le Bundestag pour coller aux objectifs de militarisation. Mais une partie des fonds serviront finalement à la soi-disant «protection du climat», parce que le futur chancelier Merz avait besoin du vote des écologistes. Au moins, on reste dans le registre de l’instrumentalisation de la peur. 

Autre exemple, le journal britannique The Times s’énerve que la France fasse du chantage et veuille subordonner l’autorisation pour les entreprises de Défense britanniques, non membre de l’UE, de bénéficier du fond «SAFE» à la renégociation des droits de pêche dans la Manche, vieille rancœur issue du Brexit. Quand on dit que ces plans servent à tout et n’importe quoi… 

Cependant, cette anecdote sur l’exclusion du Royaume-Uni permet de souligner l’aspect le plus important, et la raison d’être principale de cette agitation militariste européenne. Qu’il s’agisse du soutien à Kiev, largement présent dans le «livre blanc», ou de plans à plus long terme, l’idée est, selon von der Leyen, «qu’il faut acheter plus européen. Parce que cela signifie renforcer la technologie de défense et la base industrielle de l'Europe». D’après Politico, cela exclut aussi de facto les Américains, alors qu’ils fournissent actuellement les deux tiers des achats d’armement européens. Bref, l’idée est simple et fait la joie des complexes militaro-industriels français et allemands, mais aussi italiens et espagnols, qui figurent parmi les dix premiers mondiaux : relancer une industrie européenne moribonde, et par là, des économies en crise, grâce à une croissance basée sur la remilitarisation de l’Europe. Une politique avec un air de déjà-vu, puisqu’elle a été exactement celle de l’Allemagne à partir de 1933. 

Il existe cependant de nombreux obstacles. Tout d’abord, il n’est pas certain que Donald Trump, dont la politique est précisément de transférer la charge financière de l’industrie de Défense américaine vers l’UE, voie d’un bon œil d’être exclu. La politique des «tarifs» douaniers a de beaux jours devant elle. 

Ensuite, ces dépenses ne sont en partie pas compatibles avec les programmes déjà engagés par pas loin de dix des 27 pays de l’UE qui ont déjà commandé des chasseurs américains F-35, dont le coût prohibitif, et obligatoire, de l’entretien profite ensuite exclusivement aux États-Unis, de quoi grever sérieusement les budgets.  

Par ailleurs, ces budgets se construisent presque exclusivement sur la dette, ce que seuls les États-Unis peuvent encore se permettre tant que le dollar reste la monnaie de référence internationale, contrairement à l'Europe de moins en moins solvable. 

Enfin, parce que ces choix budgétaires prévoient de couper dans les dépenses sociales. Par exemple en Grande-Bretagne, où Starmer va réduire les prestations pour les handicapés alors qu’il augmente les budgets de la Défense. En France, on parle de reculer encore l’âge de la retraite, comme cela a déjà été fait au Danemark, sous prétexte d’effort de Défense. Or ces dépenses servent aussi à acheter la paix sociale dans des pays aux économies profondément dégradées. 

Et finalement parce que le précédent historique de cette politique de réindustrialisation par le réarmement, toute proportion gardée, s’est terminé par un massacre, et rappelons-le, les soldats russes à Berlin ! Alors «Rearm Europe»… vers sa chute ? 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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