Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est ancien élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm) et de l’Ecole nationale d’administration, chercheur en philosophie politique, analyste politique et observateur de la vie internationale.

Patriotisme et internationalisme, par Bruno Guigue

Patriotisme et internationalisme, par Bruno Guigue© RUSSIAN FOREIGN MINISTRY PRESS SERVICE Source: AFP
Sergei Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, et son homologue chinois Wang Yi, le 5 août 2022 à Phnom Penh, Cambodge (image d'illustration).
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Pour Bruno Guigue, les crises contemporaines sont l’occasion de rappeler que les véritables patriotisme et internationalisme ne se trouvent guère du côté occidental. Ainsi plaide-t-il pour que la France renonce à tout impérialisme.

Peut-on être patriote sans être chauvin, et internationaliste sans être mondialiste ? Et surtout peut-on être les deux à la fois en toute cohérence ?

En octobre 1938, Mao Zedong répondait à cette question de la façon suivante : «Le communiste, qui est internationaliste, peut-il être en même temps patriote ? Nous pensons que non seulement il le peut, mais il le doit. Ce sont les conditions historiques qui déterminent le contenu concret du patriotisme. Il y a notre patriotisme à nous, et il y a le patriotisme des agresseurs japonais et celui de Hitler, auxquels les communistes doivent s’opposer résolument».

Voilà qui a le mérite d’être clair et d’administrer une leçon d’histoire aux gauchistes boboïsés dont le dénominateur commun est de ne rien comprendre aux luttes de libération nationale, c’est-à-dire aux luttes pour la souveraineté nationale et populaire. Car le patriotisme des peuples en lutte pour leur liberté n’a rien à voir avec le chauvinisme, qui est un nationalisme agressif et mortifère, désirant soumettre les autres nations aux intérêts d’une communauté qui se place au-dessus de tout – über alles.

Lorsqu’il traduit un désir de liberté, lorsqu’il incarne la résistance à l’oppression étrangère, le patriotisme est exactement le contraire du chauvinisme. C’est pourquoi le véritable patriotisme est internationaliste, tandis que le chauvinisme est suprémaciste et belliciste.

Être patriote et internationaliste aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie ?

Ce n’est évidemment pas épouser la thèse impérialiste, particulièrement grotesque, selon laquelle l’agressivité de Moscou et de Pékin tendrait à ruiner «la démocratie et les droits de l’homme», saperait «l’ordre international libéral» et ferait peser une menace d’anéantissement nucléaire sur la planète.

Qu’ils soient de droite ou de gauche – de ce point de vue on peut dire que la bêtise est la chose du monde la mieux partagée – ceux qui en France ou ailleurs, mais principalement en Occident, pourfendent le prétendu «impérialisme» russe ou chinois contribuent manifestement à un lavage de cerveau qui bat tous les records.

En stigmatisant la Russie et la Chine, ces pantins politico-médiatiques se mettent en réalité au service du seul impérialisme digne de ce nom : celui de la Triade USA-UE-Japon, vassalisée par l’oligarchie financière mondialisée et le complexe militaro-industriel qui en est la fraction hégémonique.

Mais de même qu’on ne peut attendre d’un moule à gaufres autre chose que des gaufres, que peut-on attendre du système politico-médiatique occidental, sinon cette pitoyable logorrhée qui tente de justifier le harcèlement et l’encerclement de deux grandes nations par un impérialisme militaire sans précédent dans l'histoire ?

Être patriote et internationaliste aujourd’hui, par voie de conséquence, ce n’est donc pas minauder en tortillant des fesses pour éviter d’avoir à choisir entre les forces en présence au motif qu’en le faisant on «prend parti», on perd son «objectivité», ou on se fait le relai d’une «propagande de guerre» qui ne vaudrait pas mieux que les autres.

Quels arguments ridicules ! C’est comme si on était venu la bouche en cœur à Stalingrad, en 1942, un drapeau blanc à la main, pour expliquer qu’on ne veut pas choisir entre la Wehrmacht et l’Armée rouge de peur de se voir accusé de «campisme» dans les colonnes de Libération ou de Mediapart.

Ainsi, être patriote et internationaliste aujourd’hui, c’est surtout comprendre les véritables enjeux de la guerre qui se profile à l’échelle planétaire, et savoir en tirer les conséquences politiques de façon rationnelle, en identifiant clairement les responsabilités des uns et des autres dans cette périlleuse montée aux extrêmes.

De ce point de vue, il faut être clair.

Être patriote et internationaliste, c’est comprendre que lorsqu’une nation comme la Russie se bat pour sa souveraineté, son intégrité et sa sécurité contre l’OTAN et ses alliés nazis, son combat est légitime et nécessaire.

Être patriote et internationaliste, c’est comprendre que lorsqu’une nation comme la Chine se bat pour sa souveraineté, son intégrité et sa sécurité contre l’hégémonisme des Etats-Unis et ses pions séparatistes, son combat est légitime et nécessaire.

Car être patriote et internationaliste, c’est admettre que la souveraineté, l’intégrité et la sécurité des autres nations sont une affaire sérieuse, et qu’on ne peut fonder un système international multipolaire sans une reconnaissance mutuelle des intérêts nationaux des uns et des autres.

Être patriote et internationaliste, c’est donc se tenir sans ambiguïté au côté de ceux qui combattent l’hydre impérialiste, au lieu de renvoyer les belligérants dos-à-dos, paresseusement, comme s’il n'y avait pas à choisir, en espérant naïvement que la réunion des hommes de bonne volonté vienne panser les plaies d’une humanité réconciliée.

Dans le monde réel, il n’y a pas de miracle, mais seulement des rapports de forces entre des nations enracinées dans un passé commun et des classes sociales en lutte pour l’hégémonie. C’est dans cet écheveau de contradictions nouées par l’histoire et la géographie au sein de ces ensembles finis que sont les Etats, mais aussi entre ces Etats dans une compétition incessante, qu’il faut donc tenter d’y voir clair et faire des choix.

Aussi, en tant que Français, être patriote et internationaliste, c’est se battre pour la restauration de la souveraineté du peuple français, bafouée par la double et funeste adhésion à l’UE et à l’OTAN, organisations malfaisantes avec lesquelles la rupture totale et sans condition est une question de principe tout simplement parce qu’elle est une question de survie.

C’est aussi, bien sûr, exiger a minima la neutralité de la France dans le conflit en cours en Ukraine, parce que livrer des armes au régime fantoche de Kiev et sanctionner la Russie est non seulement contraire au rétablissement de la paix et à une solution négociée, mais contraire aux intérêts nationaux de la France et du peuple français, sans parler du reniement des meilleures traditions diplomatiques de notre pays, voué à l’alliance russe par les exigences mêmes de l’équilibre européen.

Mais être patriote et internationaliste, en tant que Français, c’est aussi militer pour le démantèlement de la Françafrique et la fin de l’ingérence française dans les affaires intérieures d'un continent où Paris a semé le chaos en détruisant la Libye. Refuser de tirer cette conséquence, ce serait, au nom des intérêts présumés de la France, perpétuer un néo-colonialisme qui est l’ennemi commun des peuples africains et du peuple français.

Ainsi le véritable patriotisme est internationaliste parce qu’il accorde la même valeur à la souveraineté des autres nations qu’à celle de la nation où l’on a ses racines, son mode de vie et ses affinités. Et c’est pourquoi il s’oppose tout autant au chauvinisme belliciste qu’au mondialisme oligarchique, ce dernier étant d’ailleurs, trop souvent, le faux-nez idéologique derrière lequel se cache le premier.

Bruno Guigue

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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