La Hongrie annonce son retrait de la Cour pénale internationale

Alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, est en visite officielle à Budapest, Viktor Orban déclare que la Hongrie quitte la CPI, dénonçant une dérive politique de l’institution internationale.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a annoncé ce 3 avril que la Hongrie entamait officiellement son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), jugeant que cette institution «a cessé d’être impartiale» et est devenue «un instrument politique». L’annonce a été faite lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en visite officielle à Budapest. Ce dernier est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité en lien avec les opérations militaires menées à Gaza.
Viktor Orban a affirmé que son pays, «un État démocratique fondé sur l’État de droit», ne pouvait plus continuer à soutenir une institution «politisée». Le chef du gouvernement hongrois a rappelé que la CPI devrait rester un organe judiciaire neutre, et non un outil servant des intérêts précis. Gergely Gulyas, chef de cabinet d’Orban, a précisé que la procédure de retrait serait enclenchée dans le respect du cadre légal national et international. Le retrait complet prendra environ un an.
Soutien assumé à Israël face aux poursuites
Benjamin Netanyahou a salué la décision de Budapest, qualifiant le retrait d’«acte courageux» et la CPI de «structure corrompue». Il a ajouté : «C’est important pour toutes les démocraties. Il faut s’opposer à ces organisations biaisées». Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a également remercié la Hongrie pour sa «position morale forte et claire en soutien à Israël».
Depuis l’émission du mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahou en novembre dernier, la Hongrie s’est distinguée comme l’un des pays membre de l’Union européenne à offrir ouvertement son appui au Premier ministre israélien. Selon Reuters, Orban avait dès novembre invité Netanyahou en affirmant que la décision de la CPI «n’aurait aucun effet» en Hongrie. Il avait déjà remis en question la légitimité de la Cour après les sanctions imposées à son procureur par l’administration de Donald Trump.
La Hongrie avait signé le Statut de Rome en 1999 et l’avait ratifié en 2001, mais selon le gouvernement actuel, celui-ci n’a jamais été intégré dans le droit national. Cela signifie, comme l’a souligné Gergely Gulyas, que les décisions de la CPI ne sont pas exécutables sur le territoire hongrois.
Un signal politique fort contre la CPI
La visite de Netanyahou marque son premier déplacement sur le sol européen depuis l’émission du mandat par la CPI. D’après les médias locaux, il a été accueilli en grande pompe à Budapest par le ministre de la Défense hongrois Kristof Szalay-Bobrovniczky. Pendant ce temps, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, ont critiqué le gouvernement hongrois pour avoir ignoré ses obligations envers la Cour.
La CPI a rappelé que tant que la procédure de retrait n’était pas terminée, la Hongrie restait tenue de coopérer avec la Cour. Comme l’indique la BBC, cette sortie ferait de Budapest le premier pays de l’Union européenne à se retirer de cette instance judiciaire internationale.
La décision de la Hongrie s’inscrit dans une tendance mondiale de contestation de la légitimité de la CPI. Parmi les pays non membres figurent les États-Unis, Israël, la Chine et la Russie. Moscou, également visée par des mandats similaires émis en 2023, considère la Cour comme «nulle et non avenue». En se retirant à son tour, la Hongrie rejoint ainsi une position cohérente avec celle de plusieurs puissances contestant l’universalité prétendue de la juridiction de La Haye.