Abdoulaye Diop en exclusivité pour RT : le Mali et la Russie partagent une même compréhension de l'ennemi

Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a accordé une interview exclusive à RT en français après avoir eu des entretiens fructueux avec les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Niger et de la Russie.
Les 3 et 4 avril, les premières réunions du format Russie-Confédération des États du Sahel ont eu lieu à Moscou. Les résultats des discussions entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et ses collègues du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont montré que les positions de la Russie et de ses partenaires africains sétaient plus proches que jamais.
Dans une interview exclusive accordée à la chaîne de télévision RT en français, Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a confirmé que la Russie et le Mali regardaient dans la même direction, en particulier dans le contexte de la sécurité.
«Ce qui est important dans notre relation avec la Russie, c'est que nous avons la même compréhension et la même définition de la menace et de l'ennemi que nous combattons», a noté le ministre. «Nous avons cette lecture commune avec la Russie de ce qu'est le problème du terrorisme et de l'insécurité, comment [le] combattre. Sur la base de ça, nos pays ont d'abord décidé que la sécurité de nos pays, la sécurité de nos citoyens est la responsabilité première de nos pays», a-t-il ajouté .
Il a également souligné que la Russie avait toujours été ouverte à l'assistance, notamment en ce qui concerne les équipements dont le Mali a besoin aujourd'hui.
La situation sécuritaire a fondamentalement évolué dans la région
Le ministre Diop a observé des développements positifs dans la région, déclarant que le Mali était devenu plus sûr ces dernières années.
«Le Mali, il y a quelques années, ne contrôlait pas peut-être 30 à 40% de son territoire. Le Mali a pu, il y a à peu près un an et demi, reconquérir Kidal, qui est une des localités emblématiques du nord du pays que nous ne contrôlions pas pendant une dizaine d'années. Aujourd'hui, l'État malien est en mesure d'être présent sur tout le territoire national avec nos propres points. Le niveau général de l'insécurité a baissé», a-t-il remarqué.
L'AES a déjà fait beaucoup de progrès
Répondant à la question de la correspondante de RT en français Daria Vaganova sur les huit mois du travail de l'AES, Abdoulaye Diop s'est montré positif quant aux performances de l'association.
«Nous avons commencé par l'établissement d'une charte qui est un mécanisme de sécurité collective défensive entre nos pays qui a été mis en place suite aux menaces d'agression contre le Niger», a expliqué le ministre, rappelant que le Mali, le Burkina Faso et le Niger étaient confrontés aux mêmes défis sécuritaires.
Huit mois seulement après la création de l'AES, beaucoup de choses ont été accomplies, a assuré le ministre.
«Aujourd'hui, sur le plan de la sécurité, nos armées travaillent ensemble pour mener des opérations militaires conjointes sur tout l'espace territorial de la Confédération des États du Sahel, avec comme objectif d'arriver à mettre en place une force unifiée», a précisé le ministre. «Et aujourd'hui, un des objectifs aussi, en venant aujourd'hui à Moscou, c'est de pouvoir agir ensemble. L'objectif étant de faire en sorte que la Confédération puisse parler d'une seule voix, puisqu'elle a les mêmes objectifs», a-t-il encore souligné.
Les entretiens avec la Russie ont été un succès
Abdoulaye Diop a qualifié les entretiens avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, de «succès à plusieurs points de vue».
«La Russie et aujourd'hui la Confédération des États du Sahel partagent une vision commune : la gestion de nos affaires, le respect de la souveraineté des États, le respect de l'intégrité territoriale, la lutte contre l'instrumentalisation des droits de l'homme, la lutte aussi contre les politiques impériales et les politiques néocoloniales et d'assujettissement de nos pays», a-t-il détaillé.
Il a également noté l'effort commun pour un monde multipolaire et la lutte contre les sanctions, «qui sont imposées à des pays pour arriver à changer leur politique».
«Le président Poutine, autant que le président du Mali, le président du Burkina et le président du Niger, partagent aussi ces mêmes visions, ces mêmes principes de respect de la souveraineté des pays du respect des choix souverains de ces pays, mais aussi la prise en compte des intérêts de leur population. Donc ça, c'est du point de vue vraiment des principes communs», a résumé le ministre.
Il y a un peu plus d'un an, le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont retirés de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Les dirigeants de ces États ont attribué cette décision au fait que l'organisation ne les aidait pas dans la lutte contre le terrorisme, qu'elle s'était éloignée des idéaux de ses pères fondateurs et du panafricanisme, et qu'elle était «devenue une menace pour ses États membres et ses populations».